Vu d’ailleurs

“Si seulement les hommes politiques pouvaient reconnaître que la contingence est inhérente au monde et à l’action !”, s’exclame Jean-Luc Marion dans un récent entretien (1). Pour le philosophe et académicien français, l’échec des discours politiques à mobiliser les énergies s’explique avant tout par le fait que “l’avenir y est encore et toujours envisagé sous l’angle de la prévision”, peut-être parce que “l’on a affaire à des technocrates, à des ingénieurs de la chose publique, sans aucune vision, aucune profondeur de champ”.

 

La précision est d’importance. Elle signifie en effet que renoncer à la prévision n’implique nullement de se réfugier dans l’immobilisme mais au contraire d’élaborer une vision. En effet, tandis que la prévision se retrouve inévitablement invalidée par le surgissement d’événements imprévus, la vision, elle, laisse suffisamment de latitudes aux équipages pour s’y adapter sans pour autant changer de cap.Selon le philosophe, “à une politique de la prévision devrait donc se substituer une politique de l’événement” permettant aux organisations de se transformer dans l’action et même au cœur de la tempête !

 

 

(1) “Pourquoi tout peut arriver. Le principe d’incertitude”,
Philosophie Magazine,  n° 108, avril 2017