Vers une revalorisation du “savoir-faire”

Vers une revalorisation du “savoir-faire”

Vers une revalorisation du “savoir-faire”

Et si l’on dépassait l’opposition artificielle entre la conception et la réalisation, l’intellectuel et le manuel ? C’est ce que propose l’anthropologue Tim Ingold dans un récent ouvrage visant aussi à mettre en garde contre les mirages du “tout digital” et du “tout virtuel” Ce professeur à l’université d’Aberdeen (Écosse), observe en effet qu’ “au moment même où le monde entier est à portée de main, voilà qu’il semble nous glisser entre les doigts”. Un paradoxe qu’il explique par le fait que “nous n’apprenons qu’en faisant”. De la sorte, comme le décrypte le magazine Cerveau & Psycho, il s’inscrit contre la conception désormais courante de l’activité de faire, “divisée radicalement en deux étapes : d’abord une idée se présente, puis l’on passe à la réalisation du projet”, si bien qu’est ainsi valorisée la figure du “planificateur souverain”. Or, pour l’anthropologue, cette conception ne correspond pas à la pratique réelle. Dans celle-ci, l’esprit ne se contente pas de concevoir abstraitement, il tâtonne, improvise, explore de nouvelles voies au fil de la réalisation et du déploiement des gestes, donnant ainsi tout son sens à l’expression “savoir-faire” car “on ne peut savoir sans faire”.

Cette conception anti-dualiste n’est pas neuve. Tim Ingold rappelle ainsi que, comme la plupart des édifices du Moyen Âge, la cathédrale de Chartres ne fut pas “le glorieux achèvement d’un architecte inconnu” mais le résultat d’un “work in progress”, une œuvre collective évoluant au fil de sa réalisation et donnant ainsi tout son sens à la contribution de chacun. Un exemple qui démontre que les formes innovantes de management plongent en fait leurs racines dans l’histoire et, plus fondamentalement encore, dans le réel.

David Canonge

(1) Faire. Anthropologie, archéologie, art et architecture,
par Tim Ingold, Éditions Dehors, mars 2017, 320 p.
(2) Cerveau & Psycho, mars 2017.