Transformation et coconstruction pour aller de l’avant !

Transformation et coconstruction pour aller de l’avant !

Pour décrire la marche en avant d’une société, la langue française offre une grande variété de termes : “révolution”, “réforme”, “métamorphose” ou encore “transformation”. Toutefois, comme le relève, Philippe Lemoine, ancien chef d’entreprise et président du Forum d’Action Modernités, dans la dernière livraison de la revue Esprit, il ne s’agit pas de véritables synonymes, chacune de ces locutions étant révélatrice d’une vision du monde et de l’action collective (1).

 

“Du point de vue de la radicalité, on opposait classiquement la réforme et la révolution. […] Des débats théoriques et politiques ont longtemps délimité deux camps séparés par des visions différentes tant de la globalité et du tempo de l’action que des moyens utilisés pour agir : les révolutionnaires et les réformistes”, rappelle-t-il. Mais cette opposition, autrefois structurante, est maintenant devenue peu opérante. En effet, “révolution et réforme apparaissent désormais comme deux faces opposées d’une même manière de penser l’action, d’une pensée où l’on distinguait la conception de l’exécution, l’avant-garde et les masses”.

 

Pour Philippe Lemoine, à ce couple dépassé, s’opposent maintenant deux autres notions, emblématiques de la seconde modernité dans laquelle nous sommes entrés : transformation et métamorphose. “Ces deux termes renvoient à une conception culturelle systémique et non linéaire du changement” car “dès lors que les identités sont moins héritées, moins solides, nul ne peut prétendre vouloir transformer la société sans se transformer lui-même” explique-t-il. Et de préciser ce qui distingue cette conception du changement de celle qui prévalait au siècle précédent : “Cette relation entre transformation personnelle et collective ne repose pas sur une hiérarchie entre ceux qui pensent et ceux qui font : l’horizon, c’est de se transformer les uns les autres”.

 

La préférence actuelle pour le terme de transformation, à l’exclusion de celui de réforme met ainsi en évidence que, de nos jours, les projets ne peuvent plus être imposés du haut. Pour être effectifs et produire véritablement des effets, ils doivent être le fruit d’une co-construction permettant à chacun d’apporter sa contribution au fil de leur déploiement. L’avenir commun ne se décrète plus. Il se construit collectivement au fil de la marche.

 

 

(1) Esprit, novembre 2017.