On recherche des chefs… Mais pas n’importe lesquels !

On recherche des chefs… Mais pas n’importe lesquels !

“Comme Emmanuel Macron… Osez l’autorité !”, proclame l’édition d’octobre de Management (1). De la part d’un magazine faisant volontiers l’apologie de l’entreprise libérée, la proposition a de quoi surprendre. Explication : “En réalité, c’est d’un style de chef que les salariés ne veulent plus. Ils ne sont pas rebutés par l’autorité mais par l’autoritarisme. Ils ne refusent pas d’être dirigés, mais ils aiment savoir où ils vont.” (1).

 

 

Donner un cap

 

Dans une époque marquée par l’instabilité et l’incertitude, il est vrai que nos contemporains sont las des atermoiements qui, trop souvent, se manifestent chez leurs dirigeants. “Diriger, ce n’est pas simplement être chef, c’est donner une direction, un cap”, écrit Loïc Guillo, rédacteur en chef du magazine. Et de préciser que “l’autorité ne consiste pas à dire aux autres ce qu’ils ont à faire, ni même comment ils doivent le faire, mais où ils doivent aller. Et pour cela, il faut déjà, soi-même avoir un objectif clair.” En d’autres termes, on attend du chef qu’il exprime une vision de l’avenir.

Également inspirés par le style présidentiel d’Emmanuel Macron, les contributeurs d’un récent dossier de Philosophie magazine, développent une idée proche en interprétant de façon originale la “culture start-up” (2). Alors que celle-ci est généralement présentée comme le stade ultime de l’anti-autoritarisme, ils formulent l’hypothèse qu’elle “recycle une forme d’autorité typique de la modernité : celui du pouvoir révolutionnaire qui brandit sa connaissance du futur pour gouverner les hommes au présent”. Le désir actuel d’autorité serait donc la traduction d’un désir d’avenir.

 

 

Prendre de la hauteur

 

 

Pas question toutefois d’en déduire qu’au nom de cette vision, nos contemporains seraient prêts à subir les affres de l’autoritarisme et du caporalisme. Utile mise en garde à ceux qui seraient tentés d’exciper de leurs galons pour se faire obéir : “L’autorité n’est pas une donnée factuelle qui serait attachée à la position de pouvoir que l’on occupe ou qu’il suffirait de marteler pour qu’elle produise ses effets. C’est une prétention de grandeur.”

De la sorte, les auteurs inscrivent leur raisonnement dans celui de la philosophe Hannah Arendt lorsqu’elle rappelait que le terme autorité dérivait du verbe latin “augere” signifiant “augmenter”. Au sens traditionnel, l’autorité est ce qui augmente un pouvoir en le reliant à une source plus haute. Cette idée perdure aujourd’hui, mais avec une inflexion d’importance : pour être reconnue, l’autorité ne doit pas seulement augmenter celui qui l’exerce mais également ceux sur qui elle s’exerce. Sans cesser d’être transcendante, elle est devenue aussi transactionnelle.

 

 

Révéler et libérer les talents

 

 

Le chef contemporain n’est plus celui qui se hisse au-dessus des autres mais celui qui fait grandir ses collaborateurs. “Au-delà de la capacité à incarner un rôle social, l’autorité est devenue le pouvoir de faire surgir chez ceux à qui l’on commande des compétences nouvelles, de les augmenter pour les faire devenir des auteurs”, conclut Philosophie Magazine.

Ces qualités ne sont bien sûr pas sans rappeler les qualités exigées des porteurs de projets de transformation. Eux aussi doivent porter une vision de l’avenir. Enfin, tout leur art consiste effectivement à faire de leurs collaborateurs non de simples suiveurs mais de véritables “auteurs” d’un projet collectif.

 

 

 

 

Jean-Marc Charlet,

David Heinry,

Erwan Nabat,

Xavier Sabouraud,

Vincent Saule

 

 

(1) Management, n° 256, octobre 2017.
(2) Dossier “À quoi tient l’autorité ?”,
Philosophie Magazine, septembre 2017.