Mutation de La Poste : les managers en première ligne !

Mutation de La Poste : les managers en première ligne !

“Familière du changement depuis des décennies, la communauté des postiers se trouve cependant placée aujourd’hui devant un défi sans précédent, à la fois par son ampleur et sa nature. On pourrait presque parler de métamorphose”, écrit la journaliste Dominique-Anne Michel dans un récent ouvrage soulignant combien cette entreprise de quelque 251 000 salariés est devenue un véritable laboratoire du changement, d’autant plus riche d’enseignements que, de l’avis général, le trajet déjà parcouru est impressionnant.

 

LA FORCE DE L’ESPRIT DE CORPS

 

“La capacité d’adaptation de cette entreprise est phénoménale”, s’exclame Céline Barre, directrice adjointe du développement commercial du Réseau et de La Banque Postale. Cette fierté conquise dans le changement est l’un des enseignements le plus saillants de l’enquête. Comme l’écrit l’auteur, “les managers de La Poste ne se joignent pas aux chœurs de pleureuses de la résistance au changement”. Une particularité qui ne relève pas de la méthode Coué mais d’un parti pris managérial fort.

Pour les cadres interrogés, “poser la question du changement en termes de résistance n’est pas forcément le meilleur angle de vue” car cela sous-entendrait qu’il y a d’un côté ceux qui mènent la barque et savent ce qu’il faut faire et de l’autre ceux qui rament et résistent parce qu’ils n’y comprennent rien. Une façon de voir récusée parce que La Poste se vit plutôt comme une véritable communauté.

Une anecdote illustre cet esprit de corps. “Parfois, dans un dîner, on me demande ce que je fais dans la vie et je dis que je suis postière”, confie Catherine Rousseau. Or, cette diplômée de Dauphine pourrait tout aussi bien expliquer à ses hôtes qu’elle “analyse les effets de la transformation digitale sur l’évolution des métiers bancaires” puisque telle est sa mission au sein du Groupe. Mais en s’affirmant “postière”, elle souligne son attachement à une identité partagée avec tous ses collègues, indépendamment de toute considération hiérarchique.

 

ACCUEILLIR l’ENERGIE DE LA BASE

 

Pour les managers, cette posture se traduit par une exigence de proximité et de disponibilité. “Nous traversons des moments très durs. Alors les gens ont besoin de parler, c’est normal. Par exemple, mes directeurs de secteurs savent qu’ils peuvent me joindre à tout moment. Je communique avec eux absolument tous les jours. Je leur demande comment ça va. C’est très important de s’assurer qu’ils vont bien”, explique Hélène Boisson en évoquant son rôle de directrice de Territoire.

Dans le contexte de changement permanent qui caractérise La Poste, le refus commun de scinder l’entreprise entre décideurs et exécutants traduit aussi la conviction que les changements doivent bénéficier de la contribution de tous. “Dans facteur, il y a ‘faire’. Ceux qui savent le mieux sont ceux qui font. Ne jamais l’oublier quand on exerce une responsabilité managériale”, prévient Nathalie Lagrenée, directrice de la branche Courrier-Colis dans le nord de la France. Pour elle, comme pour ses collègues, “l’énergie du changement est un flux qui circule dans les deux sens. La dynamique part aussi de la base, du terrain, de ceux qui voient, qui écoutent, qui constatent et qui font”.

Rien à ajouter. Sauf peut-être que ce parti pris fructueux exige aussi un certain savoir-faire managérial dans sa mise en œuvre. Car si naturelle soit-elle, cette méthode se heurte encore à de vieilles habitudes et à des réticences parfois bien ancrées, y compris à la base tant elles se confondent avec la routine parfois rassurante de la simple exécution. C’est ici que nous intervenons !

 

 

Jean-Marc Charlet,

David Heinry,

Erwan Nabat,

Xavier Sabouraud,

Vincent Saule

(1) Managers à La Poste. Les défis d’une transformation, par Dominique-Anne Michel, Éditions de l’Atelier, janvier 2018, 142 p.