Management tricolore : hiérarchie et… flexibilité

Management tricolore : hiérarchie et… flexibilité

 

“Les grandes entreprises françaises transforment progressivement leurs pratiques managériales pour les adapter aux exigences d’un environnement dont l’évolution est difficile à prévoir”. C’est la conclusion à laquelle sont arrivés Ezra Suleiman, Franck Bournois et Yasmina Jaïdi à l’issue d’une enquête au cours de laquelle ils ont interrogé quelque 2500 managers de 96 nationalités employés d’entreprises du CAC 40.

 

Le jugement porté par ces managers étrangers incite en effet à nuancer nombre des préjugés colportés sur le management tricolore, à commencer par son rigorisme et son formalisme excessifs. Les auteurs reconnaissent certes que “les règles qui entourent la vie au travail dans les entreprises françaises sont nombreuses”, si bien que, “de prime abord, on retire un sentiment de rigidité”. Toutefois, à bien y regarder, ils estiment que le management à la française s’inscrit dans “une tension où l’apparence stricte des règles est contrebalancée par une capacité à adapter ces règles, voire à les dépasser pour répondre aux exigences concrètes de la situation”.

 

Un manager russe confie ainsi sa stupéfaction devant l’importance des réunions informelles : “Les Français ont l’habitude de se retrouver à la machine à café. On peut passer un temps fou en réunion à avoir des discussions rationnelles autour de nos sujets. Quand arrive le moment de la pause-café, ils en profitent pour continuer les discussions, voire à remettre en cause les décisions prises.” Pour les auteurs, cette anecdote, est révélatrice d’une “hiérarchie à formalisme variable permettant aux idées nouvelles d’émerger”. Une façon de faire finalement efficace : “53 % des personnes interrogées estiment pouvoir dire ce qu’elles pensent à leur supérieur hiérarchique et seulement 36 % considèrent qu’un subordonné doit obéir à son chef. L’espace est donc bien ouvert pour la discussion”.

 

De même, une manager malaisienne observe qu’“avec un manager français, un sujet n’est jamais complètement clos. Il se contente d’une solution à 80 %, ce qui laisse toujours la possibilité de négocier”. Un constat qui illustre la subtilité de la prise de décision à la française : “Les décisions sont prises par un individu, dans une approche à la fois consultative et hiérarchique, mais la décision reste flexible. Un espace est laissé à la discussion, à une remise en cause partielle au fur et à mesure que le temps passe et que de nouvelles informations arrivent.” Pour les auteurs, cet exemple illustre la capacité à adapter la tradition hiérarchique française à un environnement volatile exigeant davantage d’autonomie, d’agilité et de flexibilité.

 

(1) La Prouesse française. Le management du CAC 40 vu d’ailleurs,
par E. Suleiman, F. Bournois et Y. Jaïdi, Odile Jacob, mars 2017, 220 p.