Intégrer les opposants plutôt que les dénigrer

Intégrer les opposants plutôt que les dénigrer

“En dehors des arènes officielles de concertation, la voix des publics est davantage considérée comme une pathologie qu’une opportunité par les autorités politiques et administratives : une posture que traduit bien l’acronyme NIMBY (Not In My Backyard), significativement présenté comme un ‘syndrome’ par les professionnels de l’urbanisme et de l’aménagement”, déplorent les contributeurs d’un récent dossier de la revue Norois, consacrée aux “conflits de lieux”.

 

Pour les auteurs, chercheurs en géographie, cette façon de voir trahit la préférence des institutions pour les débats abstraits excluant les notions d’enracinement ou d’appartenance. “Les mondes familiers peinent à être reconnus en tant qu’espace de revendication politique parce qu’ils sont trop éloignés d’une conception républicaine du ‘public’ comme espace délibératif et abstrait, affranchi de toute appartenance locale”, écrivent-ils. Or cette posture déniant toute légitimité aux opposants contribue à exacerber les conflits en empêchant toute concertation En effet, si les opposants à un projet ne sont que de vulgaires égoïstes, pourquoi s’astreindre à parler avec eux ?

 

C’est d’autant plus regrettable que, selon les chercheurs, “les acteurs impliqués dans les collectifs locaux se cantonnent rarement à des postures d’opposants, et leur engagement a bien souvent d’autres motivations que celles de la défense d’un bien privé ou le maintien de situations acquises”. En effet, “quand bien même elles s’y résument au départ, il est très rare que ces motivations ne s’enrichissent pas au cours du conflit” car “créer et maintenir du collectif, légitimer une cause auprès des pouvoirs publics, suppose de maintenir à distance un certain nombre d’affects, de formaliser certains arguments, d’avancer des solutions alternatives, autrement dit, d’engager des opérations pragmatiques permettant d’avancer dans la construction d’un bien commun.”

 

Ces observations rejoignent les nôtres. Sur le terrain, nous avons en effet pu vérifier qu’en considérant les opposants comme des interlocuteurs légitimes et rationnels, on favorise leur participation au processus visant à élaborer des solutions nouvelles acceptées – voire mêmes soutenues – par toutes les parties prenantes au projet. L’art de la concertation ne consiste pas à dénigrer les opposants, mais à les intégrer dans la construction d’un avenir partagé.

 

“Conflits de lieux. Lieux de conflits”,
Norois, n° 238-239, décembre 2016.