Pas de management démocratique sans chef !

Pas de management démocratique sans chef !

Quelque huit Français sur dix déclarent aimer leur travail selon une enquête publiée par la CFDT début 2017. Et pourtant, dans le même temps, on constate une augmentation continue de la souffrance au travail : stress, déprime, burn-out, etc. Pour expliquer ce paradoxe, la dernière livraison du magazine Sciences Humaines convoque un certain nombre de causes bien connues : les “impératifs économiques” qui imposent de “faire plus avec moins” ; la “course à la performance” résultant d’un marché plus concurrentiel ou encore l’accélération du travail sous l’influence de technologies numériques…

 

Sans nier l’impact de ces phénomènes, il en souligne un autre, moins souvent mis en avant : “le coût humain des… relations humaines”. Observateur avisé des mutations du travail, Achille Weinberg explique : “Paradoxalement, certains progrès comportent aussi un versant négatif. Le pouvoir hiérarchique et autoritaire a laissé place à des formes d’organisation qui laissent plus de place à l’autonomie au travail, aux projets d’équipe, à la communication horizontale, à l’intelligence collective. […] Mais l’autonomie appelle plus d’implication, plus de responsabilités et une plus grande charge de travail. Plus les individus sont impliqués, plus les risques de surengagement et d’épuisement augmentent.”

 

Malgré l’engouement actuel pour les “entreprises libérées”, le phénomène commence à être bien documenté. Dans une étude récemment publiée par la Harvard Business Review, trois chercheurs américains en management évoquent ainsi les dégâts de la “surcharge collaborative” en prévenant que “trop de travail en équipe épuise les employés et sape la productivité”. Un écueil si répandu qu’ils suggèrent aux firmes de recruter des “chief collaboration officers”. Leur rôle ? Remettre un peu d’ordre dans la coopération.

 

Achille Weinberg enfonce le clou : “Un autre effet pervers du management participatif et démocratique est de conduire à la multiplication des niveaux de décisions, aux négociations permanentes, aux réunions interminables, aux discussions qui n’en finissent jamais, à un brouillage des responsabilités aboutissant à d’épuisantes guerres de position”. Un tel constat ne doit bien sûr pas inciter à revenir à un management autoritaire et à des organisations pyramidales. Mais, dans un souci de bien-être et de performance, il devrait toutefois mettre un terme au songe creux et dangereux d’une entreprise sans manager !

 

 

(1) “Souffrance et bien-être au travail”, par Achille Weinberg, Sciences Humaines Magazine,  février 2018.
(2) “Surcharge collaborative”, par Rob Cross, Reb Rebele et Adam Grant, Harvard Business Review, février 2018