Coopération versus compétition ?

Coopération versus compétition ?

La nouvelle chronique du changement signée Erwan Nabat est à lire dans le magazine Management du mois de Juillet.

 

Pour l’Europe, la remise en cause de l’accord sur le nucléaire iranien est une illustration à l’échelle planétaire de la complexité à laquelle font face les entreprises lorsqu’elles doivent choisir entre coopération et compétition. Que ce soit avec les partenaires de leur écosystème ou au sein de leurs propres équipes. Cette question aux dimensions géopolitique, économique, stratégique ou nucléaire ne serait-elle pas au fond l’alpha et l’oméga des dynamiques de changement dans le monde actuel ?

 

Le dilemme du prisonnier est un jeu fort connu des experts de la négociation et des consultants en management. Il caractérise une situation dans laquelle plusieurs joueurs auraient tout intérêt à coopérer, mais choisissent spontanément et majoritairement de se trahir ou de s’affronter. Cependant, si l’on pousse l’expérience un peu plus loin et qu’on la répète, la logique coopérative devient la norme. Les conclusions que l’on tire traditionnellement de l’exercice sont simples, voire simplistes et manichéennes : la coopération se révèle supérieure à la compétition, toutefois si elle n’est pas spontanée.

 

Coopérer demande un effort répété et une prise de risque qui ne sont pas toujours récompensés. Les gentils coopèrent, les méchants jouent la compétition. Cette conclusion est d’ailleurs relayée par la bien-pensance managériale : libération des énergies, « désilotage », intelligence collective, coworking… La coopération est une valeur en hausse dans le monde capitaliste occidental, censée souffler comme un vent de fraîcheur et d’humanité dans un univers trop souvent décrit par le passé comme celui de l’exploitation de l’homme par l’homme. Mais certains, comme Trump, considérant que l’effet de surprise bénéficie souvent au parieur, jouent alternativement la compétition et ou la coopération.

 

Sans donner raison à cet étrange (et probablement dangereux, comme le sont les parieurs) phénomène politique qu’est Trump, reconnaissons que dans notre monde complexe et incertains, logiques de coopération et de compétition cohabitent et se nourrissent plus qu’elles ne s’opposent. Prenons les grandes entreprises. Elles se sont habituées à ce que leur premier concurrent puisse aussi être leur principal partenaire : Alstom versus Bombardier, La Poste versus Amazon, Apple versus Samsung… Ces partenaires-concurrents visent constamment un subtil équilibre entre dépendance technique et guerre commercial intense. Alors qu’ils s’attaquent juridiquement pour violation de la propriété intellectuelle ou abus de position dominante, ils coopèrent au quotidien sur des projets technologiques et pour capter des marchés. Dans les années 1990 avait émergé le concept de « coopétition », qui résumait cette imbrication à première vue insolite. Créé par Brandenburger et Nalebuff, il reflétait, il y a vingt ans, une stratégie originale et audacieuse. La coopétition est devenue la norme. D’ailleurs, plus personne n’utilise le terme. Les entreprises sont désormais des plateformes dont l’écosystème est un partenaire autant qu’un adversaire.