La concertation pour se forger un avenir commun

La concertation pour se forger un avenir commun

“La concertation a vu sa place dans le paysage réglementaire et institutionnel français se consolider depuis un demi-siècle, gagnant progressivement divers champs de l’action publique, depuis les politiques urbains et l’environnement jusqu’aux grands aménagements, à la santé, aux choix scientifiques ou aux risques industriels”, observe Pierre-Yves Guihéneuf dans un récent ouvrage consacré aux moyens de “garantir la concertation” (1). Pour ce membre de l’équipe de coordination de l’Institut de la concertation et de la participation citoyenne, l’essor de cette pratique ne résulte pas seulement d’obligations légales contraignantes.

 

Pour preuve, “les concertations volontaires, non imposées par la loi, représentent, en nombre, la grande masse des concertations organisées dans notre pays”. Quelles sont les motivations qui incitent un nombre croissant de collectivités locales, d’administrations, d’établissements publics et d’entreprises à associer un grand nombre d’acteurs à des décisions qu’elles auraient pu, en toute légalité, prendre seule ? Il faut certes évoquer la crise de confiance qui affecte les relations entre les différentes élites et la population. “Du côté des décideurs, la mise en place de processus participatifs est en effet souvent conçue comme une réponse à cette crise et comme une tentative de réaffirmer la légitimité des décisions”, observe l’auteur.

 

Toutefois, pour lui, ce mouvement ne se résume pas à un simple désir de renforcer l’acceptabilité des projets. Il s’explique aussi par la prise de conscience que, dans un monde complexe et instable, l’intérêt général ne peut plus être défini souverainement au sommet mais coconstruit collectivement. Il se nourrit aussi du constat que la concertation peut se révéler une source féconde de créativité. En effet, en donnant la parole à des acteurs diversifiés, les décideurs sont en mesure d’éviter l’écueil de l’entre-soi qui, selon Pierre-Yves Guihéneuf, “nous empêche de nous ouvrir à d’autres logiques et de repérer les innovations”.

 

Enfin, et là réside peut-être l’essentiel, l’engouement pour la concertation s’appuie sur la conviction que les projets ont vocation à se déployer et à évoluer dans le temps et qu’ils ne sont donc vraiment réussis que s’ils débouchent sur une dynamique collective durable associant le plus grand nombre de parties prenantes. A travers la coconstruction sur une multitude de projets, il s’agit donc aussi de trouver les voies d’un avenir commun, concret et désirable.

 

(1) Garantir la concertation, par Pierre-Yves Guihéneuf, Editions Charles Léopold Mayer, janvier 2017, 131 p