Le brown-out, nouvelle pathologie du manque de sens au travail

Le brown-out, nouvelle pathologie du manque de sens au travail

Le brown-out, nouvelle pathologie du manque de sens au travail

Vous connaissiez déjà le burn-out et le bore-out. Il va maintenant falloir aussi compter avec le brown-out ! Comme le précise le site Cadremploi, “cette expression anglaise empruntée au domaine de l’électricité désigne, pour les appareils électriques, une baisse volontaire ou involontaire de l’intensité pour éviter la surchauffe. Pour les êtres humains, elle exprime une baisse de l’engagement” (1). Pas de quoi paniquer toutefois car, comme le souligne une récente livraison de la revue Le Cercle Psy, “ces phénomènes relèvent un peu de la même constellation : le travail dépourvu de sens menant soit à l’épuisement, soit à un sentiment de vacuité ou d’absurdité” (2).

Chercheur associé sur les risques et les crises de Mines ParisTech et co-auteur d’un Dictionnaire des risques psychosociaux (3), Philippe Zawieja, souligne ainsi la centralité de la question du sens dans ces pathologies : “Il y avait déjà une question de sens dans le burn-out, dans la mesure où il soulignait la nécessité de la plus grande congruence possible entre les valeurs de l’individu et celles que son travail lui demandait d’afficher.” D’où une aggravation du risque de burn-out en cas de choc de valeurs ou de conflits éthiques. De la même façon, le brown-out s’apparente au bore-out en raison de la même perte d’intérêt pour le travail qui affecte les individus qui en sont affectés. “Rapidement, on arrive à l’absurdité du travail lui-même, ou des compétences superficielles qu’il demande de mettre en avant : le PowerPoint, les tableaux Excel, les indicateurs chiffrés…”, énumère Philippe Zawieja. Et de dresser le diagnostique suivant : “Dans certaines tâches, et à des fréquences de plus en plus élevées, ce qui compte dans le travail, ce sont les effets d’affichage, de communication, des effets de manche, plus que le réel du travail, son sens, son apport à l’individu et à la collectivité.”

Le brown-out étant donc une pathologie de la perte de sens du travail, le meilleur remède ne consisterait-il pas à réinjecter du sens dans celui-ci ? Oui, mais à condition de ne pas s’en tenir à de la communication. En effet, la perte de sens dont il est question ne concerne pas tant la finalité du travail que la façon artificielle et routinière dont il est accompli au quotidien. En effet lorsqu’il est exercé de façon mécanique, même le plus beau métier du monde devient absurde… Aux salariés atteints de brown-out, Philippe Zawieja suggère de faire le choix d’un changement radical via “une promotion, une démission ou un changement de poste dans l’entreprise”. Il s’agit aussi d’un conseil adressé au management : dans les organisations qui permettent à leurs salariés d’évoluer en prenant des initiatives et en relevant de nouveaux défis aux services d’objectifs partagés, point de brown-out !

 

(1) Cadremploi (www.cadremploi.fr), 09/11/2016. (2) Le Cercle Psy, mars 2017. (3) Le Dictionnaire des risques psychosociaux, sous la dir. de Philippe Zawieja et Franck Guarnieri, Le Seuil, février, 2014, 1044 p.