Notre avenir technologique dépendra aussi de nos choix

Notre avenir technologique dépendra aussi de nos choix

“Les progrès scientifiques et techniques à venir continueront à ouvrir le champ des possibles en matière d’innovation pour les entreprises et le travail”, écrit André-Yves Portnoff dans une contribution à la récente livraison de la revue Futuribles consacrée aux “futurs possibles 2030-2050” (1). Toutefois, contrairement à nombre d’experts en prospective, il se garde bien de déduire des nouvelles technologies des mutations inéluctables car si “les techniques sont rarement neutres”, elles peuvent être utilisées dans plusieurs sens et même à contresens”. Un exemple : “Internet favorise les échanges entre pairs, mais nombre d’acteurs centralisateurs l’emploient pour renforcer leurs pouvoirs.”

 

Ainsi, sur le terrain du management, il est prévisible que de nombreuses entreprises exploiteront les possibilités offertes par les technologies numériques “pour mobiliser au mieux non seulement l’intelligence collective externe, celle des partenaires et clients, mais aussi l’intelligence interne, construite par l’engagement des hommes et la qualité des relations entre eux”. Une évolution bénéfique puisqu’elle impliquera “un management par le sens, respectueux de la dignité et des légitimes aspirations de chacun”. Dans ce scénario rose, les innovations numériques seraient donc exploitées “non pas pour supprimer les acteurs humains, mais pour mieux utiliser ce que seul l’homme sait faire”.

 

Mais ce scénario n’est, hélas, pas le seul envisageable. En effet, pour André-Yves Portnoff, “des organisations cloisonnées, statiques et top-down vont subsister”. Non parce qu’elles seraient rétives aux nouvelles technologies mais parce qu’elles y recourront dans un sens différent, par exemple “en exploitant l’automatisation pour réduire au maximum les frais de personnel”. Un exemple extrême qui ne doit d’ailleurs pas masquer tous les positionnements intermédiaires. Ainsi, comment ne pas voir que les technologies numériques permettent aussi un développement exponentiel des process formatés, des procédures de reporting débouchant ainsi sur une sorte d’automatisation des comportements humains ?

 

Autant d’exemples qui montrent que l’avenir ne sera que partiellement déterminé par les technologies tant l’usage que l’on en fera dépendra aussi de facteurs immatériels tels que les visions, les valeurs, les modèles mentaux et managériaux. Notre avenir sera bien technologique mais entre le rêve et le cauchemar, c’est bien l’homme qui décidera.

 

(1) “Sept défis pour les entreprises et le travail”, in Futuribles n° 415, novembre-décembre 2016.