Vu d’ailleurs

Vu d’ailleurs

Sommes-nous désormais inscrits dans une société émotionnelle ? Certaines évolutions le laissent penser. Dans sa récente sociologie des émotions (1), Julien Bernard souligne ainsi combien notre vision de la passion a profondément évolué.

 

En effet, alors qu’étymologiquement, “la passion renvoie à un phénomène subi et comporte une connotation de souffrance” et qu’autrefois la plupart des philosophes y voyaient, à l’instar de Kant, une maladie de l’âme et une forme de servitude consentie, nous tendons aujourd’hui à considérer les passions comme un moyen de s’épanouir, de s’exprimer, voire de se réaliser. Si bien que désormais, les passions ne sont plus subies mais poursuivies.

 

Plus récemment, les passions ont même débordé du cadre des seuls moments de loisirs où elles s’exprimaient. Nos contemporains souhaitent qu’elles enchantent toutes les dimensions de leur existence. Vies conjugales, familiales et bien sûr professionnelles… toutes doivent être irriguées par la passion sous peine d’être jugées sans intérêt. Une exigence certainement contraignante, mais également porteuse d’une grande énergie créatrice pour qui sait la canaliser car, comme l’avait perçu Hegel, “rien de grand ne s’est jamais accompli dans le monde sans passion” !

 

 

(1) La concurrence des sentiments, Une sociologie des émotions, par Julien Bernard, Éditions Métaillé, mai 2017, 253 p.