Projets locaux : la légitimité au-delà de la légalité

Projets locaux : la légitimité au-delà de la légalité

Projets locaux : la légitimité au-delà de la légalité

“L’État providence, censé résoudre les questions d’organisation de la Cité et régler le sort des citoyens ne répond plus autant qu’il le faudrait. […] L’entreprise, perçue comme prédatrice et responsable de tous les maux qui entravent l’avenir du monde, est appelée à la rescousse. Le bourreau doit être le sauveur. Aucune entreprise ne peut plus désormais s’abstraire du monde qui l’entoure.” Ce constat, formulé par Philippe Wattier, président du Cercle du Leadership a une portée générale mais vaut particulièrement s’agissant de l’environnement géographique immédiat de l’entreprise (1).

Ainsi, lorsqu’une entreprise poursuit un nouveau projet d’implantation ou d’infrastructure, elle a tout intérêt à ne pas ignorer que le périmètre de sa responsabilité s’est considérablement élargi ces dernières années. L’acceptabilité du projet sera en effet aussi conditionnée par “sa propension à s’engager sur d’autres fronts : la cité, l’environnement, l’éducation, la lutte contre toutes les formes d’exclusion… en créant des ‘externalités positives’”.

Toutefois, ce serait une erreur de réduire cette exigence à une simple démarche transactionnelle visant à compenser d’éventuels inconvénients provoqués par son implantation, en concédant des avantages en guise de compensation. En effet, de plus en plus fréquemment, le débat se situe à un niveau supérieur. Dans un récent ouvrage consacré aux nouvelles géographies de la mondialisation, le géographe Michel Lusseault observe ainsi que, dans les mobilisations emblématiques contre le barrage de Sivens ou l’aéroport Notre Dame des Landes, les opposants “font de l’espace local l’instrument privilégié d’une performance politique qui se veut de visée globale” (2).

 

Ces cas sont certes paroxystiques, mais ils soulignent une réalité partout présente : l’acceptation d’un projet ne dépend plus tant de sa légalité que de sa légitimité. Pour les promoteurs d’un projet, il ne faut pas seulement respecter la loi – et les procédures légales de concertation – mais conquérir les esprits et les cœurs. Il s’agit donc de faire en sorte que le projet envisagé ne réponde pas seulement à des considérations économiques propres à l’entreprise mais qu’il s’inscrive dans l’histoire et la dynamique spécifique du territoire concerné en créant une relation véritablement partenariale avec les acteurs locaux. En d’autres termes, il faut veiller à ce que le projet ait également du sens pour chacune des parties prenantes. À cette condition, il sera non seulement accepté mais accueilli voire promu.

(1) Dirigeants. Le défi de l’engagement, par Raphëlle Laubie
et Philippe Wattier, Éditions de l’Archipel, janvier 2017, 304 p.
(2) Hyper-lieux – Les nouvelles géographies de la mondialisation, par Michel Lusseault, Éditions du Seuil, février 2017, 320 p.