Les leaders face au “nouvel âge démocratique”

Les leaders face au “nouvel âge démocratique”

“À ce stade de notre histoire collective, nous sommes témoins dun changement sans précédent des valeurs humaines. Des millions de gens à travers le monde exigent que leur parole soit entendue, pas seulement sur la manière dont les nations sont gouvernées, mais aussi sur la manière dont leurs entreprises sont dirigées, avertit Richard Barrett dans un récent ouvrage consacré aux valeurs de lentreprise (1).

 

Pour cet essayiste et conférencier spécialisé dans lanalyse des mutations conjointes de lentreprise et de la société, cet “épanouissement démocratiqueimplique de revoir les paradigmes du management et du leadership car, au travail aussi, nos contemporains veulent l’équité, louverture, la transparence, ils veulent être responsables et avoir leur destin en main, et ils veulent faire confiance et quon leur fasse confiance.

 

De la sorte, il rejoint le constat dressé par Traci Fenton, fondateur du réseau wordblu, dédié à la promotion de la liberté en entreprise lorsquil saluait, en 2012, un nouvel âge démocratique nécessitant que les entreprises et leurs dirigeants adoptent un système de fonctionnement complètement nouveau, basé sur la liberté et non plus sur le modèle obsolète de la peur et du contrôlede façon à “libérer le meilleur des individus.

 

Pour ces observateurs avisés, il ne sagit toutefois pas seulement dinciter les dirigeants à communier dans les valeurs à la mode, mais de comprendre que celles-ci sont les plus adaptées, non seulement à la sensibilité des salariés mais aussi aux défis que doivent relever les entreprises contemporaines.

 

Richard Barrett souligne ainsi quun management fondé sur lautonomie, la liberté dinitiative et la confiance mutuelle facilite grandement la navigation dans un environnement marqué par la complexité et lincertitude. En effet, dans un tel environnement, le rôle du leader change. Certes, il lui revient toujours de fixer un cap partagé. Mais il doit aussi offrir à chacun des acteurs les marges de manœuvre nécessaires pour sadapter à un environnement pour le moins évolutif.

 

Une clarification simpose toutefois ici. Car il ne sagit pas seulement pour les dirigeants et managers de lâcher prise, mais plutôt de promouvoir activement cette nouvelle culture de la responsabilité, de lautonomie et de linitiative de chacun. Richard Barrett a raison dinciter les dirigeants à “passer du jeau nous’”. Mais ce nest là que la moitié du chemin à parcourir. Car le véritable enjeu consiste plutôt à obtenir que chacun sengage au service de la communauté quest lentreprise. Où lon découvre que, même dans une organisation libérée, le rôle du leader est crucial.

 

(1) Lentreprise inspirée par les valeurs,
par Richard Barrett, Éditions De Boeck, avril 2017, 352 p.