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L’Ordre étrange des choses

La vie, les émotions et la fabrique de la culture

Par Antonio Damasio, Éditions Odile Jacob,novembre 2017, 392 p., 26,90 €.

 

Depuis son premier grand succès de librairie, L’Erreur de Descartes (Odile Jacob, 1995), suivi du Sentiment même de soi (1999) et de Spinoza avait raison (2003), Antonio Damasio poursuit avec méthode un grand dessein : en finir avec une conception desséchée et abstraite de l’intelligence humaine en réhabilitant l’importance des émotions et des sentiments dans nos processus cognitifs.

 

À la fois philosophe et chercheur en neurosciences, il franchit maintenant un cap supplémentaire en affirmant que la grande épopée culturelle de l’humanité a été activée par l’élément moteur que sont les émotions et les sentiments – nés au sein du vivant par la volonté de durer et de perpétuer la vie, – depuis la douleur et la souffrance jusqu’au bien-être et au plaisir. De la sorte, il apporte une nouvelle pierre à son œuvre de réconciliation de l’esprit et du corps, allant jusqu’à affirmer que l’esprit loin d’avoir son siège dans le seul cortex cérébral, est né de l’interaction de celui-ci avec le corps.

 

Pure spéculation intellectuelle ? Certainement pas ! Car de la sorte, il nous invite à revoir la conception que nous avons de l’espèce humaine mais aussi de nos comportements. Ainsi lorsqu’il souligne que la coopération ou la compétition, loin de caractériser les êtres humains sont également présentes chez les êtres unicellulaires dans lesquels ils trouvent leur source, ce n’est nullement pour réduire l’humanité à sa dimension biologique, mais pour souligner les deux options étant également naturelles, le choix entre l’une ou l’autre peut varier au gré des circonstances mais aussi de choix culturels délibérés.

 

Antonio Damasio souligne ainsi que, dans toutes ses activités et dans tous ses choix l’homme est soumis à une vive tension entre les mécanismes biologiques de la régulation vitale et les solutions culturelles que nous avons élaborées. Rien de tout à fait neuf si ce n’est que, pour l’auteur, mieux vaut ne pas tenter de résoudre cette tension par la vaine tentative d’ériger la raison en principe directeur de nos vies. De façon plus réaliste, il propose “d’encourager, au sein des sociétés humaines, une alliance féconde entre la raison et les sentiments”.

 

La suggestion ne peut que recueillir l’assentiment des managers qui, dans l’exercice de leur métier peuvent mesurer combien les meilleures décisions sont celles qui, loin de résulter de la seule raison, veillent aussi à prendre en compte les émotions que nous ressentons.