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Le monde en 2035 vu par la CIA
Par l’Intelligence National Council,
Editions des Equateurs, janvier 2017,
302 p. 12 €.

Jamais l’histoire n’a connu de telles accélérations qu’aujourd’hui. Il nous faut des instruments précis pour comprendre et décrypter le monde des vingt prochaines années. C’est l’objectif de ce Rapport du Conseil National du Renseignement chargé de fournir analyses et perspectives à la CIA. Preuve que l’avenir est incertain, même pour les plus puissantes agences gouvernementales, le rapport ne se risque pas au jeu des pronostics. Il se contente de présenter des tendances majeures convergeant vers trois scénarios alternatifs destinés à “aider le lecteur à imaginer comment différentes décisions pourraient influencer l’avenir”. Une belle façon de souligner que l’avenir reste ouvert et qu’il prendra la forme que nous lui donnerons. Mais pas question toutefois de verser dans un optimisme démesuré… La tonalité générale est celle d’une montée des périls et des facteurs d’instabilité. Pour les quelque 2500 experts consultés, le monde va notamment être soumis à des tensions contraires que résume bien son titre initial : “Paradoxe du progrès”. Ils soulignent ainsi qu’en matière de politique intérieure, “gouverner va être de plus en plus difficile”, en raison de la défiance croissante des populations à l’égard de dirigeants dont les marges de manœuvres, notamment budgétaires, se rétrécissent, alors même que le marché du travail se voit bouleversé par la robotique, l’automatisation, l’intelligence artificielle, l’Internet des objets, la blockchain, les nouvelles énergies et les biotechnologies… Face à ces perspectives, les auteurs admettent qu’il “serait tentant d’imposer l’ordre dans le chaos” mais pour préciser aussitôt que “cela se révélerait trop coûteux à court terme et inefficace à long terme”. Pour affronter ces turbulences, ils prônent donc, en filigrane, une autre posture reposant essentiellement sur l’agilité et l’adaptabilité. En effet, dans un monde de paradoxes, il reviendra in fine à chacun de naviguer à l’estime pour chercher à éviter les dangers et saisir les opportunités. Une proposition qui toutefois invite à s’interroger : et si le monde ainsi décrit était déjà le nôtre ?