Les émotions, carburant de l’action

Les émotions, carburant de l’action

Voici quelques jours, en nous préparant à reprendre le travail à l’issue de la trêve estivale, nous avons, comme chacun de nos collègues, ressenti un certain nombre d’émotions et de sentiments. Nous aurions tort de ne pas y prêter attention. En effet, comme le souligne Julien Bernard dans une récente “sociologie des émotions”, ces dernières ne restent pas à la porte de l’entreprise, pour la simple raison que “la sensibilité occupe une place fondamentale dans nos vies personnelles et dans la vie sociale”.

 

 

Les émotions,
créatrices de changement

 

Comme l’explique cet enseignant et chercheur à l’université Paris Nanterre, les émotions que nous ressentons ne sont pas des illusions. Elles appartiennent au monde réel et conditionnent pour une grande part nos comportements individuels et collectifs. Comme leur étymologie l’indique, les émotions sont en effet liées à l’action : elles mettent littéralement en mouvement.

 

“Les émotions participent de la dynamique des petits groupes comme de celle des sociétés dans leur ensemble, parce qu’elles peuvent être un moteur de nos engagements, et parce que leur énergie peut être orientée, canalisée par des groupes sociaux. Les émotions sont alors créatrices de changement social.” Or, ceci est particulièrement vrai dans les communautés humaines que sont les entreprises.

 

 

Le travail comme quête d’émotions

 

Julien Bernard note ainsi le rôle prépondérant des émotions dans le choix d’un métier. “L’orientation professionnelle peut émaner de la volonté d’éprouver certaines émotions par l’exercice d’une profession particulière : devenir policier pour arrêter les voleurs, avocat pour faire de belles plaidoiries, chirurgien pour sauver des vies, professeur des écoles pour s’enjouer de la spontanéité des enfants, musicien pour faire danser les foules, etc.”

La remarque est d’importance. Elle signifie que l’engagement professionnel ne résulte pas seulement de considérations morales (faire un travail utile) ou financières (gagner un bon salaire) mais des émotions ressenties en travaillant. “Dans de nombreux métiers, des sources de plaisir permettent de donner un intérêt et une motivation au travail”, précise l’auteur.

 

 

Un défi managérial

 

Les émotions représentent donc bien un “carburant de l’action” qu’il faut veiller à réalimenter constamment. Julien Bernard invite notamment à “diversifier les sources de satisfaction au fil du temps” car “au fur et à mesure de la socialisation professionnelle, on découvre que les situations d’émotions positives fortes pour lesquelles on s’était engagé sont rares et que le métier a bien d’autres facettes moins amusantes, administratives par exemple.” Le risque est alors de voir le travailleur gagné progressivement par l’ennui, la désillusion et, in fine, le désengagement.

 

Pour éviter cet écueil, l’auteur souligne que “l’influence des managers est prépondérante”. C’est en effet à eux que revient d’offrir à leurs collaborateurs les projets, expériences et défis grâce auxquels ils briseront cette tueuse d’émotion qu’est la routine. C’est certainement là une tâche délicate et un combat jamais gagné. Mais n’est-ce pas justement ce qui rend le métier de manager… passionnant !

 

 

 

Jean-Marc Charlet,

David Heinry,

Erwan Nabat,

Xavier Sabouraud,

Vincent Saule

 

 

 

(1) La concurrence des sentiments, Une sociologie des émotions,
par Julien Bernard, Éditions Métaillé, mai 2017, 253 p.