Conjuguer mémoire du passé et souci de l’avenir

Conjuguer mémoire du passé et souci de l’avenir

“C’est devenu une banalité de dire que notre époque est faite de turbulences et de changements permanents, que nous sommes entrés dans l’ère de l’incertitude”, écrivent Marie-Laure Cahier et Vincent Charlet dans un récent ouvrage synthétisant les séminaires organisés par la Fabrique de l’Industrie sur le thème de “la résilience des ETI industrielles”.

 

Leur objectif était d’identifier les caractéristiques, les choix et les postures qui ont permis à de nombreuses entreprises françaises de taille intermédiaire de résister non seulement à un choc aussi dévastateur que celui de 2008-2009, mais également à nombre de transformations de l’environnement des affaires, aussi insidieuses que dangereuses.

 

Sans surprise, nombre des dirigeants participants à ces séminaires ont insisté sur la nécessité de “rebondir et se réinventer”. Lors des crises, bien entendu, “l’aptitude de l’entreprise à adapter sa stratégie aux nouvelles circonstances est particulièrement sollicitée”, si bien que, pour de nombreuses entreprises, les crises se sont révélées des “accélérateurs de changement” et des occasions de mener à bien des réformes et des projets qui avaient été trop longtemps reportés.

 

Mais les enseignements ne s’arrêtent pas là. De façon plus originale, “la plupart des dirigeants ne se sont pas contentés d’évoquer la crise la plus récente qu’ils venaient de vivre. Ils l’ont, la plupart du temps, inscrite dans une histoire plus longue, jalonnée d’autres crises surmontées dans le passé par l’entreprise. Tous puisent dans ce référentiel pour expliquer la capacité de leur entreprise à affronter les coups durs.” Pour les auteurs, cette façon de faire se réfère à ce que certains chercheurs appellent la “capacité d’appropriation” : “les expériences vécues sont elles-mêmes transformées et interprétées avant d’être intégrées et reprises dans les narrations que font les acteurs de ce qu’ils ont vécu.”

 

Le passé n’est donc pas évoqué pour s’y réfugier mais à la manière d’une narration dynamique. “Ces récits puisent dans l’expérience du passé pour projeter l’entreprise dans le futur.” Ils constituent donc tout à la fois “une transmission d’un apprentissage post-crise” et, dans un registre plus émotionnel, “une inscription dans une généalogie héroïque”, destinée à mobiliser les membres de l’entreprise face aux nouveaux défis à relever. Une belle façon de rappeler que, dans les processus de changement, il faut conjuguer mémoire du passé et souci de l’avenir, raison et émotion.

 

 

(1) Rebondir et se réinventer. la résilience des ETI industrielles, par Marie-Laure Cahier et Vincent Charlet, La Fabrique de l’industrie, juillet 2017.